FLUXUS OKTOBER FEST
à Bonlieu Scène Nationale à Annecy
27 octobre 2001

Inaugurant la saison commémorative des quarante ans de Fluxus, la Scène Nationale d'Annecy a ouvert sa plus grande scène aux acteurs du "mouvement le plus radical des années soixante". Ce mouvement, dont l'importance est internationalement reconnue, demeure extrêmement marginal en France, alors que certains de ses plus grands protagonistes en sont issus (Ben Vautier, Robert Filliou, etc.). Amalgame de l'influence dadaïste, de la musique de John Cage et de la philosophie Zen, Fluxus par son humour dévastateur et provocant fit littéralement exploser les limites de la pratique artistique, abolit les frontières entre les arts et construisit son utopie sur l'idée d'union entre l'art et la vie. Nourri d'une réflexion profonde toujours d'actualité et faisant preuve d'une énergie sans cesse renouvelée, Fluxus porte encore aujourd'hui son influence sur les pratiques les plus contemporaines.

Il va sans dire que ce concert exceptionnel était une occasion irremplaçable de voir en direct des œuvres que la photographie a contribué à rendre mythique sans rendre totalement justice de leur énergie toute particulière. Fluxus, mouvement aux frontières lâches, multiforme dans ses productions, n'a en rien renoncé à son arpentage systématique des chemins de traverse du monde de l'art. L'accueillir dans un dispositif institutionnel tel la Scène Nationale d'Annecy est ainsi l'opportunité rare de voir ses pièces dans toute leur ampleur, nourries d'une plénitude que la maturation de ces quarante ans d'existence peut seule conférer.

Concert Fluxus avec:

Eric Andersen
Charles Dreyfus
Ben Patterson
Takako Saito
Ben Vautier
Pierre Tilman
Youri Mormay

 

Vidéo du concert (60 Mo)

 

Quelques photos de cette soirée...

E. Andersen et B. Patterson répètent "Two Inches" de Bob Watts, 1962

 


Piano Piece #1 (Rattraper le pianiste dans la salle) de Ben

Opus 1212 d'Eric Andersen

 


Eric Andersen et Ben jouent Opus 666 (Amplification) d'Eric Andersen


Ben Vautier, Ben Patterson et Eric Andersen

 

 

-- Photographies Didier Tatard --

-- Vidéo Eugénie Giannouri, Cyril Thomas et Didier Tatard --
 

Compte-rendu par Eugénie Giannouri

Sur Fluxus mes connaissances étaient restreintes. Et si le savoir se mesure en nombre de termes épistémologiques, en dates ou en lignes d'évolution, en toute sincérité, je n'en sais toujours pas plus. Le Fluxus qui s'est produit sur la scène du théâtre national de Bonlieu à Annecy était avant tout un événement à vivre. Et si j'ai appris quelque chose, c'est ceci : du Fluxus il n'y a rien à apprendre, il suffit d'être là où il se passe.

Le concert était co-organisé par Bonlieu Scène Nationale et l'Association 4T Fluxus. La programmation, dirigée par Ben Vautier, contenait 45 pièces et compositions musicales d'une trentaine d'artistes. Eric Andersen, Ben Pattterson, Takako Saito, Ben, Pierre Tilman, Claudia et Bertrand Clavez, Charles Dreyfus, Youri Mornay et les étudiants de l'école d'art d'Annecy ont assuré l'interprétation. Ici le rideau ne se lève pas, les artistes comptent les spectateurs, les partitions se brûlent et les instruments de musique sont démystifiés. Ici l'erreur fait partie intégrante de la réussite. Ici la voix humaine ne dit rien mais la musique est partout, aussi bien dans le coup brutal d'un violon cassant que dans le geste du casseur qui met le temps en suspens. Quand un amas d'objets appartenant aux spectateurs traînent sans raison apparente par terre, les mots de leurs noms ne signifient plus rien et l'histoire de tout objet est à refaire. Plus qu'une envie de choquer l'envie de jouer. Surtout n'y cherchez pas de symboles et n'interprétez rien. Il n'y a rien à comprendre.

Et puis il y a eu les moments de pure poésie. Takako Saito entre en scène. Le dos tourné au public elle distribue aux artistes en face d'elle de petites boîtes en papier blanc. A l'intérieur des graines volantes. En chef d'orchestre elle dirige sa composition : les artistes soufflent vers le public et les graines s'envolent. Entre les mouvements dansants des souffleurs et la musique du silence, une harmonie totale. Le public se met à la démarche soufflant aussi les graines vagabondes.

A la fin du spectacle un public libéré de sa fonction traditionnelle de contemplateur/applaudisseur se met debout. De tout coté, on monte sur scène, on danse, on joue à se jeter des boules de papier et à crier. Les artistes se mêlent au public, les techniciens de scène se mêlent aux artistes et la musique se joue à fond. Un moment de bonheur entre nous tous que pour la plupart nous ne nous connaissions pas.

Ce jour-là une bande de papis et de mamies et leurs amis dévoués ont prouvé que 40 ans plus tard Fluxus est toujours vivant. Son credo est simple : convaincre sans essayer de persuader, jouer sans imposer des règles, poétiser sans se prendre au sérieux, casser les habitudes sans en créer d'autres, mais comme c'est avant tout un mouvement artistique, faire de l'art sans en faire.

En savoir plus sur ce concert fluxus à Annecy